Ecritoires d’Adryem











Catalogue d’inventaires II/III


VIII – Des jeux oubliés

• Je jouais avec les petites voitures de mon frère, je les classais par couleur et par vétusté. J’avais décrété que la voiture rose moche était la princesse des voitures, et il lui arrivait toujours les pires crasses. Les autres voitures arrivaient rarement à la sauver.
• Je peignais mes poupées mannequin en vert, avec des peintures de guerre, et je décrétais qu’elles étaient des orcs. Il y avait des guerres, des tueries, et beaucoup de décapitations.

IX – Des procès verbaux d’huissiers avant scellés

• J’ai jamais vu de choses de ce genre.

X – Des objets et des papiers que vous portez sur vous (poches et sacs à main)

• Des tas de feuilles volantes, des notes que je prends n’importe quand, n’importe comment, et que j’oublie de recopier sur l’ordinateur.
• Un téléphone portable flambant neuf que je n’utilise jamais.
• Des sorts, runes, mots de pouvoirs, incantations et imprécations sur papier. Enfin, des ébauches, qui traînent dans la poche arrière de mon sac.
• Des bouquin, souvent plus que je ne puis en lire en une journée. Je les porte comme des talismans, ça me rassure d’avoir un poids considérable de reliures, de feuilles et de mots dans mon sac.
• Des tas de crayon à papier.
• Mon PC portable, de temps à autre. ( Oui, j’ai pas de sac à main, bouark… Je me balade avec une malette à ordinateur portable, par voie de fait, mon portable est dedans parfois. )
• Des dessins de bijoux.
• Des clés, avec un pentagramme en pendentif sur l’anneau qui m’a déjà attiré des regards malveillants.
• Un lecteur MP3 dans la poche, pour combler les moments de vide et les allers et retours avec de la musique.



Catalogue d’inventaires I/III


I – Des objets perdus

• Des pions de puzzle et des jetons, des accessoires en plastique minuscules que j’ai cherchés, étant petite, pendant des mois, voire des années. Au moment de déménager de la maison où j’ai passé mes 9 premières années, une fois ma chambre vide, une inspiration soudaine : je soulève la moquette le long des murs. Surprise, les pions, jetons et autres accessoires ont glissé à une distance ahurissante… à l’endroit où se trouvaient des meubles lourds, impossibles à déplacer sans les démonter. Comment se sont-ils retrouvés là, cela reste encore un mystère pour moi.

• Un piano et des partitions, que j’ai dû laisser, par la force des choses, chez mes parents avant de partir pour la Suisse. Cela fait si longtemps que je n’ai pas posé les mains sur un clavier que les morceaux qui coulaient, comme allant de soi jadis, de mes doigts, sont tombés dans les limbes de l’oubli.

• Des livres par dizaines, prêtés, laissés dans une maison bordélique, volés, “oubliés” par les gens qui me les avaient empruntés avant que je parte en Suisse. Autant de bouquins qui manquent à ma bibliothèque, pour un temps encore indeterminé.

II – Des lieux inhabitables

• Genève, ville sans racines, sans scrupules, lieu invivable par excellence. Ville-dépotoir, où passe toute la lie en col blanc de l’humanité, où se font toutes les transactions douteuses, où se trament tous les stratagèmes, les complicités et les complots qui feront de la vie de millions de gens un passage sur terre qui aurait pu être sympathique. Ville de dépressifs, à fort taux de suicide, malodorante d’argent sale. Ville de m’as-tu-vus et d’hypocrites, tous pires les uns que les autres.

• Une certaine cour de récréation de banlieue parisienne, théâtre de méfaits indicibles, d’actes terribles et traumatisants, et pourtant passés inaperçus.

III – Des petites injustices subies pendant l’enfance

• Mon père débute en informatique. Nous avons le droit d’utiliser de temps à autres son nouveau PC, pour des recherches sur le net ou pour jouer à des jeux éducatifs. Un jour, mon père tombe sur un fichier nommé “audrack” quelque chose. Je me prends une rouste, mes joues flambent pendant une bonne heure, parce que la ressemblance avec mon prénom prouve assez que c’est moi qui ai téléchargé quelque chose pour l’installer sur le PC, alors que l’on en n’a pas le droit. Alors que, non. Le fichier s’appelle “audrack” parce qu’il concerne le programme “audio rack”… Des années après, j’en reparle à mon père. Il ne s’en souvient pas et me fait vaguement passer pour une mythomane en mal de complexe de persécution.

IV – Des plaies et des bosses

Epoque de découvertes et d’aventure. Un an, je marche depuis peu et je veux déjà escalader des choses. Je sais déjà monter sur les barreaux de mon lit pour m’en échapper – voire en dévisser certains quand l’envie m’en prend ; me libérer de ma chaise haute et descendre pour me promener dans la maison ; démonter le parc à bébés pour me faire la malle. Ca ne me suffit visiblement pas, puisque je souhaite me retrouver en haut du living, le plus grand meuble du salon. J’y arrive presque. Résultat : plusieurs points de suture et une cicatrice que j’arbore encore sur le front. Pas en forme d’éclair, on ne peut pas tout avoir…

Une bagarre dans la cour de récréation. On me cherche, on me cherche… On me bouscule, on me pique mon livre, on le jette dans une flaque de boue en se moquant de mes cris d’alarme, on essaye de me baisser ma jupe, aucun adulte ne fait mine de m’entendre. Je vois rouge, je fonce dans le tas et je tape. On m’envoie violemment valser dans une porte de toilettes, je heurte la poignée… fracture de la clavicule. L’enseignante qui me récupère ne peut pas saquer mes parents, elle me garde toute la journée en classe sans m’autoriser un séjour à l’infirmerie, insinue que je simule. Le soir venu, les radiographies démontrent que non, je ne simulais pas.

V – Des moments heureux sans raison

• Visages battus par les bourrasques de vent violent venues du lac, en trame de fond il y a un château. Je suis bien. Nos doigts sont entrelacés. Je voudrais ne jamais quitter ce ponton. Aucun autre moment heureux ne me revient en tête, là tout de suite.

VI – Des premières fois

• J’ai rarement une impression de première fois. Bien plus souvent le sentiment de réapprendre quelque chose que je savais déjà il y a longtemps, de me souvenir de quelque chose que j’avais oublié.

VII – Des mots qui semblent cacher un secret

• kyrielle
• masque
• irisé
• grimoire
• callypige
• chtonien
• minuit
• sauvage
• obscur
• Polaris
• ambre
• Sybillin

[ A suivre. Exercice tiré du livre : Le Nouveau magasin d'écriture, Hubert Haddad, Zulma ]



et cetera