Klub des Loosers est un groupe de rap français plutôt atypique, issu des quartiers chics, et dont les textes et la diction me plaisent. J’aime assez le masque que porte le chanteur dans tous les clips, ça change de ce qu’on voit et entend d’habitude. Une musique qui n’est pas “sur les rails”… Cliquez sur les titres ci-dessous pour écouter.
Dès sa naissance un versaillais sait qu’il se devra d’aller très loin. Déjà pour se rendre à la capitale il est obligé de prendre le train. J’ai grandi dans cette ville construite autour d’une petite cabane de chasse où le poids de l’histoire te rappelle qu’il faut que tu t’effaces. Afin de rentrer dans un rang d’enfants tous très sympas dont les principaux passe-temps sont le scoutisme et le bénévolat. Le carcan social est lourd, tout comme la masturbation rend sourd. C’est ce qu’ils me répétaient au catéchisme après les cours. Jamais un versaillais ne sera capable de faire de mal à une mouche. C’est impossible puisque au fond de lui il respecte bien trop la vie Moi c’est en grandissant à leurs côtés que je suis devenu un fervent défenseur en faveur de l’avortement ainsi que de l’euthanasie. Pour savoir à quoi ressemble une ville de province dans les années ‘50. Il n’y a pas besoin d’inventer de machine à remonter dans le passé. En partant de Paris il suffit de prendre le bon RER C . Je suis inquiet, toutes les rues d’ici semblent avoir une maladie. Je ne suis pas docteur ès ville mais je crois bien que c’est l’ennui.
(Refrain) Né sous le signe du V, sous le signe du V (bis)
Peut-être que ma ville n’est pas Hip-Hop mais il y a quand même plusieurs taggers. Le plus présent est sans nul doute celui qui signe partout ” Vive le Roi “. Il y a aussi ” La France aux français ” mais son style est nettement plus démodé. Le soir il n’y a rien à faire à part prendre des verres Place du Marché. Si les parents de François s’absentent il y aura sans doute un squat organisé. Nous y descendrons quelques packs de Kro en écoutant du rock et fumant des joints. Il n’y aura sûrement pas de filles mais l’alcool et la drogue c’est déjà bien.Car nous sommes des rebelles sans causes depuis que l’argent nous les a enlevées. Certains vivent même dans des camions et font de la Techno dans la forêt . Et chaque jeune a dans son placard un T-shirt à l’effigie du Ché. Même si la plupart sont incapable de pouvoir expliquer qui il est. Enfermés dans leurs chambres Jean-BenoÎt et Nicolas écoutent les Pink Floyd. En rêvant de fonder un groupe de rock pour pouvoir vivre de leur musique. Mais perdus entre les 3 Avenues ils entendent la ville leur chuchoter. Qu’un vrai métier c’est Architecte ou Professeur de Mathématiques.
Refrain
Tous sont persuadés de faire partie d’une élite éduquée. Alors que tous se piquent leur place dans la queue de la Boulangerie ou du Marché. Je ne connais pas d’autre endroit où à 40 ans les femmes portent encore le serre-tête en velours . Attendent un douzième enfant et vont se confesser tous les jours. C’est d’ailleurs ici que plein de jeunes ont rencontré notre Seigneur Jésus. J’ai beau arpenter les rues, pas de chance je ne l’ai jamais vu. Marie-Charlotte aimerait me faire croire qu’elle a quelques amis basanés. Mais ce ne sont que Pierre et Louis qui rentrent bronzés de l’Ile de Ré. Dans la Bibliothèque Municipale le temps semble soudain s’être arrêté. Ce qui n’empêche personne de réviser pour Sciences- Po ou HEC. Ici bizarrement il y a des choses dont on ne parle pas. Comme du nombre de jeunes qui chaque année se suicident en Classe Prépa . Ils pourront dire tout ce qu’ils veulent sur le 11 Septembre et ses évènements. Pour moi ce ne sont que des versaillais voulant capter l’attention de leurs parents. Je pourrais partir 20 ans à mon retour rien n’aurait changé. Quoi qu’il advienne je porte en moi d’être né sous le signe du V.
Refrain
Je me rappelle de ce jour où j’ai dit « qui m’aime me suive »
Depuis j’attends toujours, même si personne n’arrive
Cela va faire longtemps, déjà étant enfant
A l’école, dans la cour, mon meilleur pote était un banc
Je compris à son contact que mes relations seraient dures
Qu’il fallait que je sache, pour ne pas être déçu
Que les amis, tout comme lui, je pouvais m’asseoir dessus
Le samedi soir je regarde évoluer les êtres humains
Ils vont souvent par deux, certains se tiennent la main
Les miennes sont dans mes poches, parce que j’attends quelqu’un
Ayant dix ans de retard, voire plus, je n’en sais rien
Pour mon anniversaire Mamie m’a donné dix euros
Sensass ! ça fera un pack de bière et un porno
Je me sens bien derrière le rideau dans le vidéoclub
Nez à fesses avec plein de filles semblant toutes me dire « prends-moi »
Ok, d’accord, mais bon, pas toutes à la fois
Le jour où ça n’ira pas j’irai m’acheter un chat
Il sera blanc, je l’appellerai Ma chérie, les enfants
Comme ça le soir comme tout le monde en rentrant chez moi
Je pourrai dire « Ma chérie, les enfants, je suis là. »
[ refrain : Je me sens seul
Ils ont coupé mon cordon, depuis je n'ai plus été rattaché à personne
Je me sens seul
Chez moi tout est silencieux, des ressorts de mon lit jusqu'à mon téléphone
Je me sens seul
Je n'ai pas beaucoup de forces, j'aimerais que quelqu'un m'aide à partager ma vie
Je me sens seul
Je ne veux pas mourir maintenant j'ai trop peur que ma tombe ne soit jamais fleurie ] x2
Je ne sais pas si etre a deux c’est mieux pour être heureux
Mais je suis certain que d’être à un, c’est forcément moins bien
C’est ce que je me dit en faisant mes courses le vendredi soir
Entouré de gens espérant comme moi qu’il n’est pas trop tard
Que désormais le célibat ne colle pas à leur peau
Comme l’acné et les points noirs du temps où ils étaient ado
Il y a une fille qui me plaît dans le rayon ravioli
J’essaye de pousser mon Caddie avec un air sexy
En choisissant mes pâtes je cherche quelque chose à lui dire
Mais préfère encore me taire afin d’éviter le pire
Et comme d’hab’ pour le week end je resterai seul chez moi
A manger des plats pour deux que je ne finirai pas
La femme de ma vie j’aimerais tant la croiser demain
Je l’amènerai au Lido assis au bar de l’hôtel des Bains
A nouveau seul au monde, mais cette fois-ci à deux
Je serai l’homme le plus heureux que la Terre n’ait jamais vu
Jusqu’à ce matin, en se réveillant à côté de moi
Elle s’apercevra que malheureusement elle ne m’aime plus
Je me sens seul, de croire le contraire c’est se voiler la face
Les cercueils n’ont qu’une place
La femme de fer
Les trois frères et soeurs s’étaient regroupés à l’aube et s’étaient gardés de fouler l’herbe sacrée de la plaine, se contentant de se tenir à quelques pas, là où la terre battue roulait sous les pieds.
Ils étaient vêtus de simples tuniques aux teintes similaires, d’un gris sans éclat dont les drapés et les ombres ne parvenaient même pas à tirer des nuances. Et ils attendaient, car leur destin n’était pas autrement édicté.
Les Moires s’avancèrent, pleines de grâce et de gravité, et prirent la main de l’aîné. Trois peaux opalines sur une peau de grès. Trois raisons de s’enfuir. Le jeune homme ne le fit pas. Il emboîta le pas, lentement, comme dans la danse, et posa le pied sur l’herbe verte.
La sensation était humide, légèrement piquante. L’herbe foulée se relevait après son passage, d’un seul petit coup sec, comme si la trace même de ses pas était aussitôt oubliée.
Au milieu du cercle verdoyant, la pierre de souveraineté. Avec une lenteur calculée – le plaisir de voir les yeux s’agrandir d’effroi et d’incertitude -, les Moires abaissèrent la main. Trois mains blanches, pressant tout soudain une main grise contre la pierre noire. Les yeux, tous les yeux, se fermèrent.
Le silence.
La plus jeune secoua la tête, et dédia au Sombre Duc un sourire teinté de tristesse. Celui-là ne serait pas pour elle, assurément. Elle qui n’aimait que les choses claires et lumineuses… Non, la pierre avait révélé la nature profonde de leur création : un homme fortement dominé par les ombres, et en cela, elle voyait la marque de son aînée, celle au noir manteau. Il y avait là quelque chose de triste, et elle ne saisissait pas très bien l’enjeu. La vieille, elle, se contenta d’acquiescer en silence.
Il se retira seul de la plaine à présent jaunie, perturbée par sa métamorphose, suivi, quelques pas derrière, par les Trois aux pieds furtifs.
Elles ondulèrent en cadence vers la soeur aux yeux patients, et se saisirent de sa main d’un geste vif qui la surprit. Comme si, en vérité, elle posaient la main sur un petit animal sauvage et farouche. Elle avança à son tour, et la pierre demeura silencieuse. Mais la plaine devint rouge, agitée d’un vent coulis qui glissait entre les brins d’herbe et sifflait furieusement.
Les cheveux étaient aussi devenus rouges, et le regard avait changé. Vert d’eau, luisant, c’était celui d’une Dame, et non plus d’une vierge attentive et silencieuse. Cette fois, la jeune Moire eut un rire. Celle-ci était faite pour courir les bois et les vallées, pour se mesurer aux jeunes forces de la nature, et cela lui plaisait.
VIII – Des jeux oubliés
• Je jouais avec les petites voitures de mon frère, je les classais par couleur et par vétusté. J’avais décrété que la voiture rose moche était la princesse des voitures, et il lui arrivait toujours les pires crasses. Les autres voitures arrivaient rarement à la sauver.
• Je peignais mes poupées mannequin en vert, avec des peintures de guerre, et je décrétais qu’elles étaient des orcs. Il y avait des guerres, des tueries, et beaucoup de décapitations.
IX – Des procès verbaux d’huissiers avant scellés
• J’ai jamais vu de choses de ce genre.
X – Des objets et des papiers que vous portez sur vous (poches et sacs à main)
• Des tas de feuilles volantes, des notes que je prends n’importe quand, n’importe comment, et que j’oublie de recopier sur l’ordinateur.
• Un téléphone portable flambant neuf que je n’utilise jamais.
• Des sorts, runes, mots de pouvoirs, incantations et imprécations sur papier. Enfin, des ébauches, qui traînent dans la poche arrière de mon sac.
• Des bouquin, souvent plus que je ne puis en lire en une journée. Je les porte comme des talismans, ça me rassure d’avoir un poids considérable de reliures, de feuilles et de mots dans mon sac.
• Des tas de crayon à papier.
• Mon PC portable, de temps à autre. ( Oui, j’ai pas de sac à main, bouark… Je me balade avec une malette à ordinateur portable, par voie de fait, mon portable est dedans parfois. )
• Des dessins de bijoux.
• Des clés, avec un pentagramme en pendentif sur l’anneau qui m’a déjà attiré des regards malveillants.
• Un lecteur MP3 dans la poche, pour combler les moments de vide et les allers et retours avec de la musique.
I – Des objets perdus
• Des pions de puzzle et des jetons, des accessoires en plastique minuscules que j’ai cherchés, étant petite, pendant des mois, voire des années. Au moment de déménager de la maison où j’ai passé mes 9 premières années, une fois ma chambre vide, une inspiration soudaine : je soulève la moquette le long des murs. Surprise, les pions, jetons et autres accessoires ont glissé à une distance ahurissante… à l’endroit où se trouvaient des meubles lourds, impossibles à déplacer sans les démonter. Comment se sont-ils retrouvés là, cela reste encore un mystère pour moi.
• Un piano et des partitions, que j’ai dû laisser, par la force des choses, chez mes parents avant de partir pour la Suisse. Cela fait si longtemps que je n’ai pas posé les mains sur un clavier que les morceaux qui coulaient, comme allant de soi jadis, de mes doigts, sont tombés dans les limbes de l’oubli.
• Des livres par dizaines, prêtés, laissés dans une maison bordélique, volés, “oubliés” par les gens qui me les avaient empruntés avant que je parte en Suisse. Autant de bouquins qui manquent à ma bibliothèque, pour un temps encore indeterminé.
II – Des lieux inhabitables
• Genève, ville sans racines, sans scrupules, lieu invivable par excellence. Ville-dépotoir, où passe toute la lie en col blanc de l’humanité, où se font toutes les transactions douteuses, où se trament tous les stratagèmes, les complicités et les complots qui feront de la vie de millions de gens un passage sur terre qui aurait pu être sympathique. Ville de dépressifs, à fort taux de suicide, malodorante d’argent sale. Ville de m’as-tu-vus et d’hypocrites, tous pires les uns que les autres.
• Une certaine cour de récréation de banlieue parisienne, théâtre de méfaits indicibles, d’actes terribles et traumatisants, et pourtant passés inaperçus.
III – Des petites injustices subies pendant l’enfance
• Mon père débute en informatique. Nous avons le droit d’utiliser de temps à autres son nouveau PC, pour des recherches sur le net ou pour jouer à des jeux éducatifs. Un jour, mon père tombe sur un fichier nommé “audrack” quelque chose. Je me prends une rouste, mes joues flambent pendant une bonne heure, parce que la ressemblance avec mon prénom prouve assez que c’est moi qui ai téléchargé quelque chose pour l’installer sur le PC, alors que l’on en n’a pas le droit. Alors que, non. Le fichier s’appelle “audrack” parce qu’il concerne le programme “audio rack”… Des années après, j’en reparle à mon père. Il ne s’en souvient pas et me fait vaguement passer pour une mythomane en mal de complexe de persécution.
IV – Des plaies et des bosses
• Epoque de découvertes et d’aventure. Un an, je marche depuis peu et je veux déjà escalader des choses. Je sais déjà monter sur les barreaux de mon lit pour m’en échapper – voire en dévisser certains quand l’envie m’en prend ; me libérer de ma chaise haute et descendre pour me promener dans la maison ; démonter le parc à bébés pour me faire la malle. Ca ne me suffit visiblement pas, puisque je souhaite me retrouver en haut du living, le plus grand meuble du salon. J’y arrive presque. Résultat : plusieurs points de suture et une cicatrice que j’arbore encore sur le front. Pas en forme d’éclair, on ne peut pas tout avoir…
• Une bagarre dans la cour de récréation. On me cherche, on me cherche… On me bouscule, on me pique mon livre, on le jette dans une flaque de boue en se moquant de mes cris d’alarme, on essaye de me baisser ma jupe, aucun adulte ne fait mine de m’entendre. Je vois rouge, je fonce dans le tas et je tape. On m’envoie violemment valser dans une porte de toilettes, je heurte la poignée… fracture de la clavicule. L’enseignante qui me récupère ne peut pas saquer mes parents, elle me garde toute la journée en classe sans m’autoriser un séjour à l’infirmerie, insinue que je simule. Le soir venu, les radiographies démontrent que non, je ne simulais pas.
V – Des moments heureux sans raison
• Visages battus par les bourrasques de vent violent venues du lac, en trame de fond il y a un château. Je suis bien. Nos doigts sont entrelacés. Je voudrais ne jamais quitter ce ponton. Aucun autre moment heureux ne me revient en tête, là tout de suite.
VI – Des premières fois
• J’ai rarement une impression de première fois. Bien plus souvent le sentiment de réapprendre quelque chose que je savais déjà il y a longtemps, de me souvenir de quelque chose que j’avais oublié.
VII – Des mots qui semblent cacher un secret
• kyrielle
• masque
• irisé
• grimoire
• callypige
• chtonien
• minuit
• sauvage
• obscur
• Polaris
• ambre
• Sybillin
[ A suivre. Exercice tiré du livre : Le Nouveau magasin d'écriture, Hubert Haddad, Zulma ]
Serpents à plumes, sang d’encre et rythmes asymétriques…